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Rencontre avec... Roger SEILLIER, communiste et Résistant, par Ch. MAUVILLAIN

 

Roger SEILLIER communiste résistant                                                                                                        Roger est né le 5 février 1921 à l’hôpital Beaugeon où sa grand-mère est infirmière. Sa mère est infirmière à la Salpétrière. Son père, Léon, est mécanicien et électricien à Paris. La famille vient s’installer à Montalembert où Léon reprend la ferme de son beau-père.   En 1935-36, Roger a une quinzaine d’années. Avec 3 copains, René Grousseaud qui sera tué sur le front de la  Somme en 39, Pierre Gadioux et Louis Bichon, il vend l’Huma dans les frairies du Nord Charente et le Sud Deux-Sèvres.   Ensemble, ils fondent les JC de Limalonges-Montalembert, puis, parrainés par 3 cheminots syndicalistes retraités, « le père » Martin,  « le père » Pouilloux, et Joseph Bigeon qui sera le trésorier, ils fondent la cellule de Limalonges qui soutient la candidature aux municipales de André Raffoux (le futur capitaine RAF chef du Maquis RAF B4 à Pleuville ) militant socialiste. A la déclaration de la guerre d’Espagne, il réussit à abonner à l’Humanité son père Léon pourtant de sensibilité socialiste et lecteur assidu de « l’Oeuvre »périodique où écrit Marcel  Déat(à droite dans la SFIO).   Soutenu et encouragé par Raoul Betin, instituteur à Montalembert, Léon devient secrétaire de la section du Parti. En 36, les effectifs des JC s passent de 4 à 20 membres sous le parrainage et la direction de Raoul. Ils organisent un bal et battent la campagne pendant 15 jours pour en faire la publicité. Le bal est un succès. L’argent recueilli permet à Roger et 3 camarades d’être délégués au Congrès des JC à Paris .   Roger se souvient du « défilé de 36 » qui dure 4h, derrière Léon Blum, Marcel Cachin, Maurice Thorez entre autres  grandes  figures du moment .   André Raffoux, distillateur à Limalonges, responsable du Parti, homonyme et cousin du capitaine RAF, revient du Congrès du Parti de Villeurbanne  avec « une tonne de matériel et de documents » La cellule tient de fréquentes réunions. Roger en rapporte l’Avant-Garde qu’il diffuse autour de lui. « Pour se camoufler »  et protéger les réunions ils apprennent l’Esperanto.   Pendant les années 36, 37, 38, la section des JC et la cellule de Montalembert  envoient aux Républicains espagnols des fonds et des vivres  collectés  auprès  des  agriculteurs. Si la partie basse de Montalembert est à gauche, la partie haute est plutôt à droite et sous l’influence du curé en qui ils n’ont pas confiance. S’armant de courage, ils lui rendent visite et plaident leur cause. Impressionné, il les assure de sa sympathie et de sa neutralité. Ainsi tous les agriculteurs furent sollicités et malgré la dureté de l’époque tous ont contribué et offert quelque chose.   En 39,  le 2 août, lors de la déclaration de guerre, chaque camarade de la section de Montalembert  reçoit « son petit paquet » d’affiches éditées par le Parti sur le Front de la Paix avec l’URSS. C’était un dimanche. Au cours de l’après-midi, Roger se rend chez Raoul Betin qui lui transmet les directives : « les affiches doivent être collées ce soir ! ». Peu  après Raoul reçoit de la fédé de Niort l’ordre de suspendre  le collage, mais ne peut pas prévenir les camarades.   Roger et un copain collent pendant cette nuit du 2 au 3 août 1939. Ils sont dénoncés par « un salopard ». 4 ou 5 jours plus tard, on est en pleins battages, les gendarmes viennent et interrogent. Roger nie tout, systématiquement. Mais Léon comprend que son fils court un danger et que ça pourrait lui nuire pour plus tard : la nouvelle loi martiale est entrée en vigueur à minuit. Il se dénonce : c’est lui qui a « collé », mais c’était bien avant minuit. La semaine suivante, les gendarmes font  irruption, se livrent à une perquisition en règle et « mettent la maison sens dessus-dessous ».   Roger, un peu avant, avait été nommé responsable des JC paysans. Par chance, les documents, les listes, dissimulés par ses soins sur une étagère où son père range son matériel d’apiculture échappent à la perquisition. Renée saute sur son vélo et file à La Chêvrerie pour prévenir Tintin et Armand (les frères Gadioux, Célestin et Armand), qui alertent les autres camarades….  Roger est secoué de voir son père partir entre 2 gendarmes. Il comprend qu’il est fiché. A partir de ce jour, il va vivre avec la peur au ventre, se cacher, dormir chez des copains, changer souvent de planques et craindre  les représailles à l’encontre de ses proches. Léon est incarcéré à la maison d’arrêt de Niort. Après 26 jours de cellule, il est condamné à 6 mois de prison et 10 000F d’amende. « Faites appel et vous serez mobilisé » lui suggère son avocat.  Trois jours plus tard, il part pour un régiment des territoriaux  avec le grade de sergent  à Bapaume  dans le Nord. Sa réputation l’a précédé.  Son colonel est en possession de son dossier: «Ici, on ne  fait pas de politique  et on porte les médailles gagnées en 14 -18 ».   Puis arrive la retraite de la Somme (1940).Ses copains et  lui sont faits prisonniers à Questembert (Morbihan). Les cadres de l’armée  sont en fuite. Le commandant allemand qui a lui-même connu Verdun et les tranchées, touché par les médailles de Léon lui confère un statut d’officier. Il finit par les libérer avec leurs bagages mais, bien entendu, sans armes.                           Léon rentre à Montalembert à vélo et reprend ses activités militantes et clandestines.   Roger ne pas reste pas inactif. Il est contacté par le capitaine Gilbert Banlier commandant militaire du Groupe Jean Paul des FTPF dont il devient membre en janvier 41. Il fait partie intégrante de l’OS (organisation spéciale, véritable embryon de la future lutte armée).Il est nommé responsable aux effectifs pour les jeunes. Emile Rivaud a la même fonction auprès des anciens. Ils ont pour tâche la formation politique de leurs camarades.   Il assure la liaison entre les résistants charentais et ceux des Deux-Sèvres. Il récupère des armes, des munitions et des grenades pour le Groupe sous la direction d’Armand Rivaud. Il fait, le 30 avril 41 un important transport de tracts et de matériel de La Chêvrerie à Montalembert. Les 8 mai et 15 juin 41 il participe à des réunions chez Raoul Sabourault .   Durozier vient de Niort à vélo pour charger Léon de la coordination entre les communistes de la Vienne et ceux de la Charente.  A ce titre, Léon va souvent à Paris. En passant à Tours  il doit relever une « boite aux lettres ». Il échappe de justesse à une souricière grâce au concierge de l’immeuble du camarade qui, le reconnaissant, lui jette : « Vite, foutez le camp, les flics sont chez votre copain ! »   En février 42, la police de Vichy s’acharne sur les réseaux communistes. Plusieurs camarades sont arrêtés. Raoul Hédiart, Gustave Normand, Aristide Gentil, Pierre Dupont seront fusillés au Mt Valérien. Raoul et Berthe Sabourault , Henri Banlier et Madeleine Normand ne reviendront pas des camps. Le Parti intime l’ordre à ses militants d’être désormais un peu plus prudents et de ne se laisser prendre à aucun prix. Le 31 mai 42, Roger et Renée son épouse (ils se sont mariés en septembre 41) s’apprêtent à aller déjeuner chez des parents dans la Vienne. Ils sont intrigués par une voiture aux manœuvres suspectes. Deux feld-gendarmes flanqués d’un gendarme français sont à la recherche des  Sellier probablement dénoncés par « un salopard » pour les interroger et les arrêter. Renée joue les ingénues : « Ils m’ont dit qu’ils allaient faire une course dans le bourg, vous allez sûrement les trouver ! »   Roger et Léon prennent immédiatement la fuite par le jardin qui donne sur les champs et les bois. Le camarade Vergnaud, distillateur aux Adjots, les planque dans une ferme isolée. Lors d’une visite nocturne à leur famille à Limalonges, ils récupèrent le superbe fusil de chasse de leur copain Tillet qu’ils avaient  planqué dans un pailler  pour le soustraire à la réquisition au début des hostilités. Ils se rendent utiles auprès de leur hôte et l’aident à « faire du bois ». Le fusil les accompagne désormais en cas de mauvaises rencontres. Un soir, un lièvre se trouve à bonne portée. Hélas ! l’arme en mauvais état refuse de tirer . Le camarade Célestin Gadiou, forgeron à la Chêvrerie, remet le fusil en état.                   Se sentant menacé, Roger passe la ligne de démarcation à Pleuville dans la nuit du 10 août 42. Léon le rejoint un peu plus tard. Ils se planquent chez André Raffoux (le futur capitaine du Maquis D.4 « RAF »)  propriétaire aux Ecures de 2 fermes où se réfugient des « politiques » et des réfractaires au STO et qui participe à une filière pour le passage en zone libre de Juifs étrangers et de prisonniers de guerre évadés.    Le 5 février 43, les « enfants de choeur de Pétain » emmènent Roger et se mettent à 5 pour l’interroger pendant au moins 1h30. Roger tient le coup et ne cède rien. «On vous  convoquera ! » Entre l’interrogatoire et la rédaction de la convocation pour Limoges, le capitaine de gendarmerie lui suggère à demi-mot d’ « aller prendre l’air ». Roger et Léon prennent le train mais « oublient » à Limoges de se rendre à la convocation (« ils nous auraient gardés »). Ils passent la nuit dans un wagon, transis de froid. En fait, ils ont l’intention de gagner l’Algérie par l’Espagne. Ils ont une filière à Font-Romeu où Marguerite, cousine des frères Tabourdeau (l’un est médecin, le second, notaire) résistants en Deux Sèvres, dirige une maison de santé pour tuberculeux. La  tempête et l’épaisseur de la couche  de neige les empêchent d’aller plus loin. Marguerite leur propose un abri et les héberge pendant un mois.   Charles, le mari de Marguerite, est un des responsables de la Résistance. Il  les conduit  au sana d’Odeilho dont le directeur est un ami lui aussi résistant, qui leur propose abri et emplois. Léon est électricien mais Roger qui supporte mal la vue du sang et de la détresse humaine décline son emploi d’infirmier. Ils doivent regagner Font-Romeu à pied dans la neige. Charles les présente à un ami, Philippe Jacoupi qui accepte de les héberger et de les employer. Philippe Jacoupi  est un personnage singulier, issu d’un milieu très aisé. Il a été propriétaire d’un grand hôtel, la Villa St Paul et se trouve ainsi et notamment à la tête d’un stock de charbon assez conséquent. Il a pour ami très proche un M.Poupay qui exerce une fonction de responsabilité administrative  et fait des allers retour entre Vichy et  Font-Romeu.   A eux deux, grâce à leurs relations et un jeu subtil, ils ont rendu bien des services à des gens en délicatesse avec les autorités. Roger et Léon coupent, fendent, transportent et livrent du bois de résineux et du charbon, font des travaux de jardinage au Grand Hôtel où logent des membres de l’Africa Korps venus se refaire une santé. Ils réussissent même à vendre à la Gestapo des sacs remplis de nœuds de résineux infendables, trop volumineux pour être utilisables dans les poêles.    Ils font partie de la maisonnée Jacoupy qui compte aussi 2 curés et assistent,  pour la  1ère fois de leur vie (et la dernière) à la messe de Pâques. Roger se trouve convoqué pour le STO. « Vous ne risquez rien, je vous accompagnerai » lui dit M.Jacoupy. Mais la neige l’en dissuade. L’officier allemand qui reçoit Roger se montre on ne peut plus conciliant : « Vous êtes employé chez M.Jacoupy, alors il n’y a pas de problème…. » Un coup de tampon et Roger est exempté en tant qu’agriculteur. Il doit également signer un papier qui en fait un membre de la défense du territoire.   Mais il s’ennuie de la Charente. Pendant l’absence des hommes ce sont les femmes, sa mère et son épouse, qui font tourner la ferme. Dans le courant du mois de mai 43, il décide de rentrer. Léon le rejoindra plus tard. A la gare de Langon, les Allemands contrôlent les papiers et fouillent les valises. Sa remise en forme en altitude, ses cheveux blonds coupés court  doivent le rendre sympathique aux Allemands, pense-t-il a posteriori : il passe le barrage sans être inquiété. Pas de téléphone pour prévenir. Il atterrit chez le camarade Mimaud, menuisier à Ruffec. Il lui confie sa valise et couvre 11km à pied pour  arriver en pleine nuit à Montalembert.   Il reprend ses  activités de résistant. Le premier jour dans les bois, derrière son FM sous la responsabilité d’un adjudant, Roger se sent en sécurité pour la première fois depuis longtemps. Pendant des années, il n’a dormi que d’un œil, toujours sur le qui-vive, en changeant constamment de planques, chez des copains. Son sommeil en sera affecté pendant les années qui suivirent. Actuellement, plus de 65 ans après, la nuit, il sursaute encore au moindre bruit insolite. Il effectue des liaisons entre la Charente et la Vienne. Il convoie des armes pour le réseau FTPF dirigé par André Rivaud  et qui a mission de faire sauter l’usine chimique de Melle qui travaille pour les Allemands.   Au début de l’année 44 le réseau devient le groupe FFI Jean Paul. Armand Rivaud promu capitaine en assure le commandement. Roger devient sous-officier. Le groupe prend part à des actions dans le sud de la Vienne, au combat de St Gaudent, à la libération de Poitiers puis devient la 1ère compagnie du 125ème RI. Roger signe un engagement pour la durée de la guerre et va même suivre une formation militaire de  chef de section. Mais il n’a pas la fibre militaire et ne donnera pas suite. Il est cité à l’ordre des FFI le 22 septembre 1944.   Après la guerre, dans les années 50, Roger prend une ferme de son beau-père puis la gérance du Moulin à Barro où se tiennent souvent des réunions. André Soury lui confie des responsabilités et des tâches d’organisation, lui amène, même un jour, le camarade Waldeck Rochet pour le déjeuner. Albert Ouzoulias (« les bataillons de la jeunesse ») a été hébergé au Moulin.                                                                                        Roger utilise la voiture de son patron, bien sûr de droite, pour coller des affiches avec les  copains de l’époque : Marcel Prévaut, Dédé Guittard, Lulu Trillaud …… Le secrétaire de section  est un gazier : Marcel Pelfort. Il intervient auprès de Marcel Paul qui fait avancer le dossier que  Roger a déposé pour entrer à EDF et qui a été bloqué par les soins de la droite. Roger devient encaisseur à l’agence de  Confolens.   Je me souviens de sa première visite au compteur de la petite école à classe unique dont j’avais la charge dans les années 65 à 69. Roger et Renée ont un fils né en 45. Ils vivent à Ruffec et sont toujours membres du Parti. Je leur rends visite aussi souvent que possible. Nous parlons politique et refaisons le monde devant un verre de pastis.     2 novembre 2011   Christian Mauvillain

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