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La Résistance en Charente : chasse aux communistes

 

La Résistance en Charente : chasse aux communistes   Le Préfet, dans un de ses rapports, celui de juin 1943, écrivait que « En six mois, 50 communistes dont tous les chefs régionaux, ont été arrêtés, tant par la police française que par la police allemande, ce qui explique certainement l’absence actuelle de menées subversives dans le département » Prudent, le Préfet qui commence à avoir un peu d’expérience, parle d’absence « actuelle ». Et il a raison, car au moment où il écrit ses lignes, un nouveau « triangle de direction » des mouvements de résistance animé par les communistes est reconstitué et se réunit quelque part à L’Isle d’Espagnac. C’est bien la continuité qui caractérise ces mouvements » (G.H) Il prendra le nom de « groupe d’Angoulême-Ruelle » Après la disparition de René Michel, de Barrière et de leurs camarades fusillés ou déportés, les mouvements animés par les communistes ont tout de suite un nouveau chef : Menauthon, qui finira après une poursuite échevelée à La Rochelle sous les balles de l’inspecteur de police Tournadour. Il faut préciser que l’espérance de vie d’un résistant F.T.P. était en moyenne de six mois. Dépisté à L’Isle d’Espagnac à la suite d’une dénonciation, il quitte le département remplacé par Amédée Bergue. Ce dernier réputé dangereux par les allemands fait tout de suite l’objet d’une recherche très poussée. Les objectifs de Bergue sont de multiplier les attentats. En même temps il se préoccupe des armes par la constitution de futurs groupes armés. Déjà des spécialistes de « l’organisation militaire » descendaient en Charente pour discuter du passage de jeunes aux F.T.P. et du recrutement des premiers groupes militaires. Le mot d’ordre des F.T.P. « S’armer, s’unir, se battre » est de plus en plus répété. Les communistes du groupe Bergue étaient armés. Dans le même temps les collectages de fonds sont activement poursuivis et fort bien organisés. « Il semble que Bergue ne fut pas toujours très prudent et il se pourrait que les règles de sécurité n’aient pas toujours été bien respectées » (G.H. page 212) Les résistants angoumoisins de tous bords finissaient par se connaître au moins au niveau des responsables. Est-ce l’arrestation de Robert Geoffroy, chef de l’O.C.M. (Organisation Civile et Militaire) qui aurait été la cause des arrestations des militants des mouvements Front et F.T.P. ? On l’a pensé. Mais il n’y a aucune véritable preuve. L’arrestation de Bergue fut mouvementée. Nous avons le récit du Commissaire Poinsot : « C’est au moment où il était appréhendé que, réussissant à glisser une main dans la poche de son pantalon, ce malfaiteur put saisir son pistolet et tirer au travers de son vêtement une balle qui atteignit l’Inspecteur Célérier à l’abdomen » Se dégageant, il parviendra à s’enfuir. La chasse à l’homme s’organise et les policiers, aidés par la police municipale d’Angoulême rattrapent Bergue au coin des « Nouvelles Galeries ». Il sera affreusement torturé. Au total, ce sont 26 résistants qui sont arrêtées et jetés en prison. Il y en aurait eu d’autres si Bergue n’avait pas donné l’ordre de fuir à nombre de ses camarades par l’intermédiaire de détenus libérés. Avec la création du Front National de lutte, l’élan des jeunes se fait pressant. A Ruffec, la gendarmerie française procède à l’arrestation de jeunes. Ils sont sérieusement malmenés. Des moyens en usage à la Gestapo seront employés contre eux. Puis Octave Rabaté et sa femme Maria vont succéder à G. Beyer comme interrégionaux, c’est-à-dire notamment comme premiers responsables du PCF en Charente. En 1941, Hitler lance ses hordes contre l’Union Soviétique. Les communistes et ceux qui les entourent savent que la lutte va atteindre des sommets d’acharnement. Le moral du moment des cadres moyens, loin de s’affaisser, paraît au contraire se galvaniser. Des actions ont lieu dans le Ruffécois autour des Sabourault, dans la région d’Aigre autour des Normand, dans le canton de Châteauneuf chez Noël Saint-Jean, dans celui de Cognac où les Vallina jouent un rôle très important et à Angoulême où le dirigeant parait être Gaétan Meynard, avec sa femme Marthe, et sa belle sœur Paulette Brillouet. Les actions encore très modestes se limitent à la propagande (tracts) et le stockage d’armes. Mais la relative rareté de ces actions et surtout les nombreuses difficultés qu’il fallait résoudre pour les réaliser leur donnaient une grande valeur. « C’était toute une journée de propagande nazie ou vichyste qui était ainsi barrée, de cette propagande qui n’en finissait pas à longueur de journée de dire que les communistes étaient tous en prison ou rangés derrière les objectifs allemands et que la victoire totale de la Wehrmacht était pour demain » (G.H. page 151) Pratiquement tous les acteurs de cette période seront arrêtés et condamnés à de lourdes peines, notamment aux travaux forcés, prison, où ils serviront d’otages, ou encore en déportation. La plupart y laisseront leur vie. A l’été 1942, l’événement marquant pour la Résistance charentaise sera la célébration de la victoire de Valmy en septembre. Les jeunes communistes ont distribué à plusieurs reprises et dans de nombreuses localités des tracts nationaux. Ils le faisaient à bicyclette, à la volée selon les consignes. Un rapport de police mentionne que « la Charente voit presque subitement une propagande de tracts communistes invitant le peuple à la révolte en l’incitant de saboter, de s’armer, de tuer les envahisseurs ; » (G.H) Malgré les arrestations, à Cognac notamment, les jeunes communistes sont encore assez forts pour fournir les combattants de la nuit et déployer une activité qui ne cesse de s’accroître au cours de l’été 1942. Le centre de la Résistance communiste charentaise revient alors à Angoulême avec le groupe dit « de Saint-Michel » (juin 1942, 5 mai 1943) Elle aura pour dirigeant René Michel, monteur en charpente métallique. Il sera le premier chef F.T.P. du département. Il était accompagné de Jean Barrière. Ce dernier était membre des Jeunesses Communistes depuis l’âge de 14 ans et travaillait à la mairie de Bordeaux. Tous deux étaient déjà dans cette ville sous le coup d’une condamnation à mort par contumace et activement recherchés. Sous l’impulsion de René Michel, l’action du groupe va élever très fortement le niveau des actions contre l’occupant : sabotages multiples. Ce sont cependant les déraillements de trains qui sont poussés le plus loin, occasionnant de s dégâts considérables. Cette grande activité du groupe finit par mettre les Allemands et la police sur les dents. Ils seront, comme c’est souvent le cas, victimes de dénonciations. Une nommée Jeanne Avarède, exclue du Parti communiste à Bordeaux pour vol, se vengera en disant tout ce qu’elle sait sur Jean Barrière. Ce dernier sera filé et arrêté en gare de Saint-Michel où il était venu chercher un colis de tracts. Enchaîné jour et nuit à la prison de Saint-Roch d’Angoulême, il sera affreusement torturé. René Michel, dans un premier temps, s’échappera au moment de son arrestation. Blessé, il sera repris après une véritable chasse à l’homme. Cette affaire fut une des plus grosses en Charente, plus de 80 arrestations suivies de déportations. Les trois quarts ne reviendront pas. Tous furent arrêtés comme membres du PCF ou du Front Nationale de lutte constitué par le PCF. Six furent fusillés le 5 mai 21943 dans la clairière de La Braconne. Voici leurs noms : • Barrière Jean, ouvrier • Michel René, monteur en charpente • Bernard Paul, poudrier • Gallois Jean, poudrier • Nepoux Marcel, menuisier, arrêté après s’être courageusement battu contre la Gestapo • Nepoux Marc, frère du précédent. Au moment de son arrestation, il blessera plusieurs allemands Marc avait 22 ans, Marcel 20 ans. Paul Bernard fut torturé. Il eut la force de caractère de ne rien avouer. Il était père de six enfants. La presse charentaise de collaboration, de son côté, exulte.   André PRECIGOU 

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