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Quelques questions très actuelles, une contribution d'André PRECIGOU

 

 QUELQUES QUESTIONS TRES ACTUELLES   La survie du capitalisme sur une si longue durée, en dépit de ses réorganisations et ses crises multiples – malgré toutes les prédications catastrophiques sur sa faillite imminente – est un mystère qui requiert des éclaircissements. Henri Lefebvre, parmi d’autres, pensait avoir trouvé la clé de l’énigme dans sa thèse célèbre selon laquelle le capitalisme survit grâce à la production de l’espace. Mais jamais il n’a expliqué de manière précise comment cela était possible. Lénine, tout comme Rosa Luxemburg, pour des raisons et sur la base d’arguments assez différents, considéraient que l’impérialisme – une certaine forme de production de l’espace – était la solution de l’énigme. Même s’ils étaient persuadés que cette solution se heurtait aux limites de ses propres contradictions indépassables.   Je ne tenterai pas dans le travail présent de clarifier le champ d’action des significations attachées au mot « espace », ainsi que la complexité de la « notion d’espace » elle-même. Je me propose en m’appuyant sur les recherches actuelles, d’y revenir prochainement, tant le mot a de l’importance. Pour éclairer ce qui va suivre, je me bornerai ici à dire que le mot « espace » est tributaire d’une variété de contextes. La question spatiale est inséparable des enjeux et des luttes politiques, ainsi que de la reproduction des rapports de production capitalistes. Les crises capitalistes s’incarnent physiquement dans les espaces qu’elles produisent. Pour David Harvey, le grand géographe marxiste anglais, il faut entendre ce « spectre » qu’est l’espace par « l’espace comme mot clé ». [ Géographie et Capital – Vers un matérialisme historico-géogrphique. David Harley. Chapitre 2, pages 53 à 82. Editions Syllepse. 2010. Prix 22 €uros.].    Avant de poursuivre, un bref rappel :   Le capitalisme repose sur trois piliers : l’argent, les capacités productives et la puissance militaire. Ses contradictions et les tensions qui s’en suivent font qu’il est perpétuellement instable. Marx l’explique très bien en démontrant que les crises de suraccumulation du capital sont le fait de la baisse tendancielle du taux de profit ; (Tellement mal comprise au XX° siècle par le mouvement ouvrier, note de l’auteur). Ces tensions sont partie prenante incontournable de la logique générale expansionniste du système capitaliste pour laquelle l’accumulation sans fin du capital et la quête perpétuelle de profits dominent.   Conséquence :   Le capitalisme cherche en permanence à créer un paysage géographique afin de faciliter ses activités en un temps donné. Mais dans le même temps il détruit le paysage investi pour construire un paysage totalement différent en un temps ultérieur. Et cela dans le simple but de répondre à cette soif inextinguible d’accumulation du capital qui n’a jamais de fin.   Autre conséquence : Cet excédent de capital et de force de travail sont soumis à l’impossibilité d’être mises en œuvre pour accomplir des tâches socialement utiles. Afin d’éviter une dévaluation, ou même destruction générale de capital et de travail, il faut au capitalisme trouver des moyens d’absorber ces excédents. Ce sera à la fois l’expansion géographique et la réorganisation spatiale ; chose complexe, je me propose d’y revenir ultérieurement. Mais cette façon d’agir ne saurait être indépendante de solutions spécifiques de retardement des crises.   Pourquoi ?    Tout simplement, un besoin d’investissements dans les infrastructures pérennes, par exemple, transports, réseaux de communications, d’éducation, recherche… Bien que l’amortissement par le biais des activités productives, s’étalent sur plusieurs années. C’est ainsi que le capitalisme mondial connaît, depuis les années 1970, un problème chronique et durable de suraccumulation.   Constat :    La volatilité du capitalisme international durant ces années n’a pas permis à moyen terme de résoudre le problème de la suraccumulation. C’est le contraire qui s’impose. Pour préserver leur hégémonie au sein de l’économie globale, les Etats-Unis, ont occupé le rôle de chef d’orchestre de cette volatilité. Récemment ils ont adopté le visage d’un impérialisme ouvertement appuyé sur la force militaire. Dans ce domaine Obama contourne sous d’autres formes Bush.  Mais cela peut aussi être interprété comme un signe d’affaiblissement de cette hégémonie face à la menace sérieuse de récession et de dévaluation de grande envergure à l’intérieur de ses frontières. Encore une fois revenons à l’accumulation du capital.   Elle comporte deux aspects :    L’un concerne la production de la plus-value à l’usine, dans les mines, dans l’exploitation agricole et les circulations de marchandises sur le marché. Il s’agit d’un processus purement économique dont la phase la plus importante est une transaction entre le capitaliste et le salarié. L’autre aspect de l’accumulation capitaliste est que, poussé par un besoin toujours plus impératif de profits maximaux dans un minimum de temps, cette accumulation déserte le secteur productif et les investissements à long terme pour se réfugier dans le capital financier. Ce qui donne spéculation massive, pillage de pays entiers, néocolonialisme , violence, escroquerie, oppression, guerres, destructions à l’intérieur des pays capitalistes…   C’est ce capitalisme qui prédomine actuellement :    Mais le capitalisme de production n’a pas disparu, bien au contraire. Il s’est souvent réorganisé au sein des pays de vieille industrie ou tout simplement délocalisé. Nous avons là un exemple d’aménagement de l’espace capitaliste. Sans compter qu’il peut revenir sous de nouvelles formes productives, relationnelles, dans les pays ou régions qu’il avait sinistré ou déserté. Le capitalisme c’est la dialectique même. Il se déplace et se transforme en permanence. Il crée, recompose, en permanence des territoires locaux, nationaux, internationaux. Ces territoires entrent en compétition. Ce qui donne naissance à des conflits, exemple : 1° et 2° guerres mondiales, suivis de nouvelles recompositions de l’espace. Trois territoires actuels pour leurs conflits d’intérêts sont lourds de dangers : l’Asie, l’Europe, les Etats-Unis.   Rôle de l’Etat en système capitaliste :    Tout d’abord le capitalisme pour s’imposer peut fort bien se passer de l’Etat. Mais il en a grandement besoin comme « faciliteur ». En effet c’est l’Etat, c'est-à-dire l’entité politique, le corps politique, qui est le mieux à même d’orchestrer des arrangements institutionnels – ex : attaques et privatisation des services des collectivités locales – et de manipuler ce que j’appellerai « les forces moléculaires » de l’accumulation du capital, et bien sûr dans l’intérêt de ce dernier.   Stade actuel de l’accumulation capitaliste :   Il a fallu toute la dialectique acérée d’une analyse scientifique pour découvrir (grâce à Marx) comment, au cours de l’accumulation, le droit de propriété se transforme en appropriation de la propriété d’autrui – l’échange des marchandises en exploitation – l’égalité en domination de classe – les droits de l’homme en droit d’ingérence,… L’autre aspect très contemporain de l’accumulation capitaliste concerne les relations entre le capital et les modes de productions non capitalistes. Il a le monde entier pour théâtre : politique coloniale, système des emprunts internationaux, politique des sphères d’intérêts, guerres localisées (pour le moment), violence, escroquerie, pillage, se déploient ouvertement. Marx, Lénine, Luxemburg et d’autres, ont souligné le crédit et le capital financier comme puissants leviers de prédations, d’escroquerie et de vol. C’est le cas du rôle du F.M.I. avec Strauss-Kahn tout comme avec Christine Lagarde. Mais ces derniers temps un mécanisme s’accélère. Il n’est pas nouveau (Angleterre au XVII° siècle). Aujourd’hui il prend des proportions nouvelles, « l’accumulation par dépossession ».   De quoi s’agit-il ?    D’abord, il faut dire que la privatisation est la pierre angulaire de l’accumulation par dépossession. Un exemple vaudra beaucoup mieux qu’un long discours : considérons le marché immobilier aux Etats-Unis, connu sous le nom de « flipping ». – Une maison en mauvais état est achetée pour presque rien, bénéficie de quelques amendements cosmétiques, avant d’être vendue à un prix exorbitant à une famille à bas revenus qui cherche à réaliser son rêve de propriétaire immobilier, grâce à un prêt hypothécaire arrangé par le vendeur. Si cette famille a du mal à tenir ses engagements financiers ou à régler les sérieux problèmes d’entretien qui se déclarent à coup sûr, la maison lui est reprise – cela n’est pas vraiment illégal (avis aux acheteurs) – mais a pour effet de piéger des familles à bas revenus et de les dépouiller du peu d’économies dont elles disposent . C’est de l’accumulation capitaliste par dépossession. Ce n’est qu’un exemple. Il y a de nombreuses variantes d’accumulation par dépossession. En Europe, aux Etats-Unis, mais également sous d’autres formes, pour d’autres raisons en Chine et ailleurs…     Comment en est-on arrivé là ?    Sous l’ère Reagan et Thatcher, le F.M.I., la banque mondiale, seront les outils pour réussir une percée rapide et victorieuse au sein des institutions pour dominer la politique économique d’abord dans le monde anglo-américain, puis dans la plupart des pays européens et du globe. Ils fixèrent comme objectif aux politiques publiques de pratiquer à grande échelle la privatisation et l’accumulation par dépossession. Les premiers actifs privatisés furent les logements sociaux, puis les télécommunications, l’énergie, les transports, l’eau, la santé, la vente de toute entreprise publique et la soumission de nombreuses autres institutions comme les universités à la logique entrepreneuriale. Toutes ces choses ont entraîné une transformation radicale du modèle dominant de relations sociales et une redistribution croissante des actifs en faveur des classes aisées. On retrouve le même type de redistribution d’actifs pratiquement partout. Actuellement dans l’Union Européenne c’est la Grèce qui est le plus durement touchée. C’est l’Irak dépossédé de son pétrole… La France n’y échappe pas et n’y échappera pas.   Ainsi la libération d’actifs bon marché a ouvert d’innombrables sphères  pour l’absorption de capitaux excédentaires.   L’accumulation par dépossession est ressortie de la position, je dirai subalterne, dans laquelle elle avait été reléguée avant 1973 pour devenir l’aspect principal de la logique capitaliste. Entraînant avec elle des coûts terribles comme la désindustrialisation, des phases d’inflation suivies de contractions de crédit, du chômage structurel chronique, suivis d’attaques et destructions sans précédent contre les institutions territoriales, les communes, les départements, les régions… Imposer des crédits et piéger ces dernières pour les amener à faire payer les populations. Ce qui aboutit à une dépossession de leurs conditions de vie.   C’est cette situation faite à la ville d’Angoulême, et ce n’est qu’un début. Ces fameux emprunts baptisés « toxiques », appelés ainsi pour mieux masquer la réalité du capitalisme, vont se multiplier. Et cela d’autant plus grâce à la vitesse jamais encore atteinte de la circulation à l’échelle de la planète des capitaux. C’est une escroquerie –mais légale – des prêteurs qui avancent de l’argent, dans un premier temps, à un taux alléchant, et par des jeux bien particuliers gagés sur les marchés commandés par Wall Street, le F.M.I., les banques centrales, vont appliquer par la suite la hausse permanente des taux d’intérêts.   Un contexte difficile.   L’accumulation par dépossession se produit dans un contexte bien particulier qui est celui d’une perte de repères pour les peuples, renforcé par un affaiblissement considérable de la théorie marxiste dans les milieux intellectuels, avec une répercussion évidente sur le mouvement ouvrier et les salariés, même s’il y a redressement sur l’intérêt porté à la théorie marxiste. On assiste alors à une confiance très érodée de l’idée du socialisme, à la réfutation des modèles traditionnels d’organisations ouvrières, comme les syndicats et les partis politiques. Au point que l’objectif de la conquête du pouvoir étatique est considéré comme irrémédiablement compromis. Face à la destruction de millions de vies, les classes moyennes cherchent à se protéger des effets des capitaux prédateurs. Dans leurs rangs, comme dans la classe ouvrière ré-émergent racisme, nationalisme, populisme, conflits d’origine religieuse. Des mouvements néofascistes ont commencé à recueillir un soutien populaire considérable en Europe. Un fascisme froid souffle sur le monde. Pour compenser la perte d’audience des syndicats et partis politiques, de nombreux mouvements contestataires sont apparus, se fiant à leurs formes autonomes d’organisations sociales. Ces mouvements comportent en leur sein de nombreuses contradictions. Certains sont infiltrés par les gouvernements pour les contrôler, voire les diriger. Il faut compter également sur la montée d’un nombre considérable d’associations aux buts les plus divers.   La feuille de route pour la rentrée dans le cadre de l’élection présidentielle :   Dans ces conditions très difficiles, la situation doit être analysée et comprise non pas comme on voudrait qu’elle soit, mais telle qu’elle est, en tant que manifestation matérielle des espérances et des peurs humaines. La politique des communistes se doit de faire partie de la vie quotidienne, et doit faire directement appel aux ressources de la conscience populaire. Mais dans le même temps, elle doit aussi jeter de nouvelles passerelles de communication qui sortent du train-train de l’ordinaire, s’attaquer franchement aux diverses formes de présupposés, racisme, populisme, et se confronter sans aucune concession au pouvoir des classes dirigeantes, montrer comment et pourquoi le parti socialiste roule toujours pour la rigueur, celle qui consiste à faire payer aux peuples les bénéfices des marchés et l’accumulation par la dépossession. Elle doit impérativement contribuer à lever les obstacles empêchant les convergences de vue en identifiant la base matérielle des intérêts communs. De l’absence d’une telle base matérielle, il découle un conflit de droits, égaux et concurrents, qu’elle doit reconnaître et formuler sans détour. S’il est vrai, comme j’ai essayé de le montrer, que la capacité d’adaptation du capitalisme est l’une de ses armes principales dans la lutte des classes, nous ne devons pas sous-estimer l’ampleur de l’opposition qu’il continue de susciter.   Au niveau de notre théorie, il nous faut trouver un moyen d’identifier des points communs parmi les différences afin, dans le cadre du Front de Gauche, de faire émerger un projet politique dont les préoccupations seraient authentiquement collectives mais qui se montrerait sensible à ce qui reste de singularités irréductibles dans notre pays et dans le monde.     André PRECIGOU.

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